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Roger Bastide

Roger Bastide entreprend en 1945 un voyage dans le Nordeste du Brésil.
C'est dans "Image du nordeste mystique en noir et blanc"(page 270), qu'il écrit :

"Les rapports de police, pendant l'empire, sont pleins des hauts faits des capoeiras, des malandrins et des mauvais garçons qui en bandes, parcouraient les rues de la capitale pour attaquer, voler et tuer. Souvent même, un personnage important, baron ou sénateur, envoyait un de ces quadrilles contre quelque adversaire électoral dont il voulait se délivrer.

Mais le jeu des couteaux se transformait en danse, les corps se cherchaient, se repoussaient, s'unissaient, en une étreinte mortelle, selon le rythme musical des muscles souples, qui au cours de la lutte, ouvraient peu a peu de grandes fleurs de sang.

j'ai vu beaucoup de danses de nègres, des danses voluptueuses et des danses mystiques, mais je préfère le rythme rapide, l'agilité déconcertante des capoeiras de Bahia, à l'étreinte amoureuse des corps qui se cherchent. les couteaux maintenant se rouillent, l"ébène des corps juveniles ne fleurit plus en étoiles de pourpre, mais la danse continue , et avec elle la joie de la lutte.

Les hommes s'empoignent et d'un coup brusque, le corps de l'adversaire est lancé par-dessus tête, forme pour un grand moment une grande roue qui tourne au rythme du berimbau. les hommes se baissent, dansent sur leur jambes repliés, se transforment en sombres Cosaques, se cherchent, se repoussent, cabriolent, sautent, rapides comme des poignards de chair dure et noire : sauts mortels, coup du lapin, demi-lune, queue de poisson, crocs en jambe se succèdent, jusqu'a ce que le chant se termine, et que la musique s'arrête; l'adversaire s'éloigne à pas lents, le vainqueur sourit.

C'est de cette manière que se fait la lutte dans cette civilisation africaine qui a su transformer l'assassinat d'autrefois en une danse combattante.

A Recife, les capoeiras avaient coutume de marcher en tête de la musique militaire, les jours de fête. Ils dansaient au son martial des clairons, marquant le pas, tournoyant sur eux-mêmes dans le tintamarre des cuivres, au milieu de l'éblouissement métalique des cymbales, les uns devant le Quarto, les autres devant l'Espanha, jusqu'a ce que les 2 bandes se rencontrent à un coin de rue; les brabos sautaient alors les uns sur les autres, au mileu des cris, des injures, des gémissements des bléssés qui arrivaient à couvrir le vacarme joyeux des trompettes :

Ne viens pas
Chapeau de Bois
Il est parti
Il est tombé
Il est mort
il pue

Il n'est pas besoin de chercher en d'autres lieux les origines du frevo pernamboucain"

 

© aruera