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Mestre Gato Preto, La voix de l'expérience..
Revista Capoeira N°04, ano II.
Pages 08 a 11.
Par Roger Spock

En ce 19 mars, il compte soixante-dix ans, parmi lesquels cinquante passé avec la Capoeira, mais il continue fermement dans son art, pour donner l'exemple aux plus nouveaux. Le jeune José Luiz Gabriel commence à 8 ans la Capoeira et, à 12 tous trouvent qu'il connaît déjà tout. Il n'en croit rien et continue en cherchant des nouveaux apprentissages, comme il l'a toujours fait jusqu'ici. Personne ne se forme dans la Capoeira, par conviction. Il faut comprendre que le capoeirista n'est pas un médecin, qui apprend tout et se forme, pour exercer sa profession. “en Capoeira personne ne s'arrête”, dit-il. Après avoir vécu à coté des autres grands exposants de la Capoeira, à Salvador de Bahia, mestre Gato Preto ­ du nom qui le rendit célèbre ­ se transforme, depuis 1966, en ambassadeur itinérant de la Capoeira, en visitant beaucoup de pays et en transmettant ses connaissances aux capoeiristas nouveaux et anciens des quatre coins du monde.

Dans cette interview exclusive à Revista Capoeira, il relate, sans oublis, toute son inimaginable expérience:

Comment et quand fut votre rencontre avec la capoeira?
J'ai commencé , à 8 ans, avec mon père, Eutíquio Lúcio Góes. Il fut mon maître. A l'âge de 12 ans (1941), ils pensaient que je n'avait plus rien à apprendre. Les entraînements étaient dans une petite salle fermée. Il attaquait avec une "esgrima" (bâton de maculelê) ou un couteau, pour que je me défende. Quand je me trompait, il tapait mon poignet. Jusqu'à un jour où je lui ai donné une cabeçada forte et qu'il tomba. en se levant, il me courrut après, en me menaçant de me couper , et en criant: “Viens là, gamin” ! A partir de là, il arrêta de m'enseigner. Après il y eut mon oncle, João Catarino, élève de Besouro, jusqu'a ce qu'il meure d'une attaque, que l'on appelait congestion. Cette période passée, j'ai vu Leo, Cobrinha Verde, mestre Waldemar et mestre Pastinha et aussi Gildo, Roberto et João Grande, qui jouait du berimbau et fut très important comme capoeirista, à l' époque. Dans la roda, João Pequeno, Moreno, Albertino, Valdomiro et moi nous jouions dans la batterie.

Et votre contact avec les maîtres de l'époque ?
Il y avait, à Bahia, beaucoup de maîtres qui jouaient bien, comme Canjiquinha, Zéis, Vandir, Agulhão, Zacarias, Bom Cabelo. Et d'autres qui n'étaient pas maîtres, mais jouaient aussi très bien, comme Deodato et Bigodinho. Tous ceux de Liberdade (Le quartier de Liberdade, à Salvador), de mestre Waldemar, etaient bons, bons, très bons! Il y avait un plombier, qui est mort à 28 ans, qui fut un grand angoleiro!

A cette époque, quels étaient, a votre avis, les capoeiristas les meilleurs? Pour moi, c'était João Grande, dans le "jogo-de-dentro". Au niveau des coups de pieds, c'était le gars Gilberto qui se défendait bien et qui aujourd'hui est bien vieux.

Comment étaient les instruments de Capoeira?
Trois berimbaus (un gunga, un berra-boi et un viola), deux bodes (pandeiro), un ganzá de bambou (et non un ganzá de métal) et un reco-reco. Le premier berimbau jouait angola; le second, são bento grande et le troisième angolinha. La batterie était comme ça, accompagnée du chant.

Quel était le profil du capoeirista en ce temps?
Le capoeirista était un travailleur: un conducteur, qui coupait la canne à sucre; un manutentionnaire du quai du port; un "tailleur de pierre"; un charpentier; un electricien; "caixeiro-viajante"; un marin, enfin, c'etait toujours un travailleur qui, indépendamment de sa fonction professionnelle, jouait par amour, par loisir, une sorte de thérapie . Le capoeirista faisait cela comme une danse, qui le faisait se sentir bien et réussir ce qu'il voulait, grâceà la concentration

Il n'y avait pas d'argent? Personne ne vivait de la Capoeira?
L'argent vint après, avec les blagues faites dans la roda. Certains demandait au capoeirista de prendre avec la bouche un billet, posé sur le sol, au milieu de la roda, au dessus d'un foulard jaune. Les 2 partenaires continuaient a jouer jusqu'à ce qu'un soit immobilisé par un coup de pied ­ et non par la main et l' autre prenait la monnaie. valait mieux laisser l'adversaire immobile pour ne pas courir le risque de recevoir un coup dans le ventre. Après tout ça, il se serrait dans les bras et l'argent était remis dans calebasse du berimbau, pour payer une tournée de bière, de soda ou d'eau de vie, après la roda. C'est seulement là qu'il y avait l'argent.

Aucun des maîtres ne faisait de la capoeira leur profession ? Il n'y en avait aucun. Ils étaient tous ouvriers, et avaient tous leur profession. Pastinha était entrepreneur, (…); Daniel Noronha travaillait dans l'estivage; Canjiquinha et Caiçara, à la mairie ; Paulo dos Anjos, comme conducteur; mestre Ferreira et moi, comme armateur. Personne ne vivait de la capoeira. J'ai vécu pour elle pendant 40 ans sans gagner un sou! Mais à cette époque, on apprenait beaucoup. Un groupe de Liberdade était emmené pour me visiter à Itapuan et un groupe jouait avec l'autre. Celui qui prenait une rasteira et tombait au sol, perdait le jeu. On ne pouvait pas non plus salir les habits de l'adversaire. C'était un manque d'éducation. Les maitres restaient à se saluer, à discuter. On jouait toute l'après-midi!

Et la capoeira actuelle?
Le truc à évolué. Évoluer c'est très bien, mais cela nécessite d'avoir une racine, un début pour que la chose ne prenne pas un aspect contraire, car c'est art est excessivement riche ! La capoeira est ta vie, la mienne et celle de beaucoup autres. Il n'y a pas à contrôler cela. A partir de là, il est nécessaire d'avoir un niveau d'éducation pour qu'elle ne perde pas cette beauté qu'elle possède

De quoi un capoeirista t-il besoin pour devenir Maître?
Pour commencer il n'existe pas de formation en capoeira. Un point final, parce que dans la capoeira il n'y a pas de fin. Où que vous alliez, vous le verrez. La même chose arrivera avec ton fils, ton petit fils, arrière-petit-fils : où qu'ils soient, ils vont le voir. Elle est universelle, elle avance, elle est dynamique, il n'y a pas de formation comme un médecin qui apprend tout, se forme et va soigner de profession. Le diplôme de la capoeira est la sagesse. Pour réussir on doit prolonger cette vivacité dans l'art. Comment ? En donnant un cordon au jeune et en le laissant s'entraîner durant quatre ans, pour qu'il se prépare et qu'il s'habitue avec la réalité. Pour arriver à la sagesse. A dix ans il pourra être contra-mestre, grâce aux recherches et études. Alors, à vingt ans d'expérience, il sera ou non en condition d'être mestre. Tout dépend du savoir, et le savoir n'a rien a voir avec l'âge. de là, peut venir le titre, donné par les mestres, “il commence à être prêt”. Ça ne signifie pas être formé, mais que le travail et l'apprentissage continuent. La capoeira ne s'arrête pas, ne meurt pas. Nous avons en Capoeira 180 coups et 180 contrecoups. On n'apprends pas 10 ou 12 coups, en disant qu'on connait 6 coups de regional, d'autres d'angola et en sortant dire qu'on est capoeirista. Il faut connaître, découvrir et confronter tout les coups. Beaucoup ne veulent pas se questionner ou apprendre toute la Capoeira. Et c'est ici qu'ils s'arrêtent, parcequ'ils ne vont pas dépasser le minimum qu'ils savent. le pire dans tout ça c'est pour la Capoeira, parce que ces personnes finissent par perdre le talent qu'elles possédaient et s'éloignent de la réalité de la Capoeira.

Vous vous référez à une époque ou tous étaient amis, il y avait une union. Aujourd'hui il y a beaucoup de rivalité. Le capoeirista fort et grand entre dans la roda, disposé à détruire l'autre. Qu'en pensez-vous?
En ces temps les maîtres se respectaient entre eux et incitaient la considération de la part des élèves . Le gars pouvait être grand , comme Agulhão, qui mesurait 2 mêtres de hauteur ou fort comme mestre Waldemar, Traíra, Zacarias, Davi ou Dada ­qui à l'époque donnait le meilleur show de capoeira ­ mis il avait du contrôle, du respect. Celui qui prenait une cabeçada, tombait , se relevait pour serrer la main au collègue, sans agressivité, ni rancoeur. Aujourd'hui j'ai vu beaucoup de personnes qui apprennent a battre, voulant être le meilleur et remplissent la tête de malheureux qui n'ont pas d'informations de ce que cela à d'important. Ce sont des personnes qui voient seulement le coté destructeur.
Les maîtres se rendent coupables de ces conséquences et la Capoeira en arrive à être dans une position ou elle ne peut montrer son potentiel.

Ceci arrivait aussi entre les maîtres anciens ?
Non Les seuls maîtres qui débattaientà Salvador, à cette époque, étaient Canjiquinha et Caiçara, ce n'était qu'une mise en scène, dans les représentations pour touristes. Ils abusaient de tromperies et de sourires. Les deux se souhaitaient du bien l'un pour l'autre. Bimba avait son académie au Maciel de Cima et Pastinha, au Largo du Pelourinho. Tout à coté. ils ne se visitaient pas, mais ne parlaient pas non plus mal de l'académie de l'autre. Je possède des reportages d'un journal de 1984 sur João Pequeno et João Grande, à Itapuan. Il faut voir comme ils s'aiment et comme ils se respectent ! Caiçara et Canjiquinha furent mes amis jusquà la fin de leur vies. je suis ami avec des élèves de Bimba depuis 45 ans. je n'ai pas d'ennemis dans la capoeira et si j'en ai ils seront pas contre moi, mais contre l'art. Je ne fait rien contre eux. Les uns se détruisent comme ça, les autres s'éduquent et passent sans rentrer dans ces conflits. Plus récemment, j'ai connut des élèves qui voulait battre leur maître, sous prétexte de ne rien apprendre. Vous savez ce que c'est que c'est ? un manque d'éducation. Le capoeirista doit être éduqué, pour respecter et être respecter.(…)

traduction : Aruera

gato

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