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La Capoeira esclave et autres traditions rebelles à Rio de Janeiro
traduction de l'interview de Carlos Eugênio Líbano Soares
par Álvaro Kassab publiée sur le site de l'Unicamp

*Dessins de J.M. Rugendas
* photos de Christiano Jr

En étudiant la pratique des noirs, un historien rencontre divers aspects inconnus sur les relations entre esclaves, maîtres et Etat.

A capoeira escrava

"A capoeira escrava e outras tradiçoes rebeldes no Rio de Janeiro
(1808-1850
)"
Carlos Eugênio Líbano Soares
Edité par Unicamp - Campinas
606 pages.

L'historien carioca Carlos Eugênio Líbano Soares n'as pas de doutes : la capoeira est née en Amérique, malgré avoir été articulée par des éléments communs de la culture africaine ­ parmi eux la danse et la langue ­ et c'est une riposte aux esclaves à un nouvel ordre urbain, qui commença à se former au début du 18ème siècle.

A capoeira escravaLa thèse est dans le livre “A capoeira escrava e outras tradições rebeldes no Rio de Janeiro (1808-1850)”, publié par Editora da Unicamp. Soares à compulsé des archives au Portugal, Angola et au Brésil pour fonder son oeuvre. Ce ne fut pas la première incursion du chercheur dans le sujet. Dans “A negregada instituição : os capoeiras na corte imperial, 1850-1890” (Editora Access), livre primé par l'Archive Municipale de Rio de Janeiro et sa dissertation de maîtrise défendue a Unicamp en 1993, Soares propose une lecture inédite de la Capoeira, ancrée dans la littérature et dans une vaste documentation politique et policière. Machado de Assis, Aluísio de Azevedo, par exemple, furent des sources de recherches. L'oeuvre de Plácido de Abreu, écrivain portugais peu connu dans la période appelée "d'or" de la littérature (fin du 19ème siècle et début du 20ème), a été de la même manière objet d'analyse. Abreu a été Capoeira, ainsi que beaucoup d'immigrés de plusieurs nationalités à l'époque. Il s'en est éloigné en la dénonçant comme quelque chose de marginal et dangereux. En général, rappelle le chercheur, la Capoeira était étudiée comme sujet anthropologique. “On disait beaucoup de bêtises sur la plus importante manifestation de rue du 19ème siècle au Brésil”, témoigne Soares, qui a privilégié le coté historiographique de la Capoeira lié à l'esclavage, son secteur de recherche dans l'Unicamp. L'insertion du sujet dans une perspective historique a été jusqu'à fait apparaître une ligne d'étude qui conquiert des adeptes, en plus de révéler des aspects jusqu'à alors méconnus. Un d'eux, abordé dans "la negregada...", révèle les liaisons politiques des esclaves avec l'élite, surtout après la Guerre du Paraguay (…). Les capoeiras étaient une espèce de potentiel électorale d'un groupe du Parti Conservateur, qui croyait dans la négociation politique de la fin de l'esclavage. Connu comme le Groupe du Vicomte de Rio Branco, leurs intégrants ont promu la Loi du Ventre Libre et, ensuite, la Loi Dorée. Dans ce contexte d'aide électorale, les poulaillers attaquaient les membres du Parti Libéral et du Parti Républicain, garantissant la victoire des conservateurs dans les urnes. "Ce n'était pas la capanguismo classique du moyen agricole, y avait un échange de faveurs", dit Soares, qui a maintenu dans "la capoeira esclave" le même ligne investigatrice et de rigueur dans la recherche de son premier livre. A suivre, l'entrevue accordée par l'historien

Journal d' Unicamp - Qu'est ce qui vous a amené à retourner à la première moitié du 19ème siècle, après avoir abordé une période postérieure dans votre premier livre ?
Carlos Soares ­ Il y a tout un débat autour de l'origine de la capoeira, d'ou elle vient etc. On raconte beaucoup d'idioties, de bêtises. Comme la capoeira du 19ème siècle est passée par une période fortement esclavagiste, avec une population africaine très importante, mon objectif fut de restaurer cette histoire d'origine. Mais en sachant que l'origine n'est pas du 19ème siècle mais au 18ème siècle. C'est pendant les prémices de la société brésilienne. La Capoeira est un phénomène urbain, qui annonce une lecture du monde urbain colonial par les noirs africains et créoles.

escravosJ.U - Pourriez-vous préciser quand la capoeira surgit ?
Carlos Soares­ Vous avez à partir du début du 18ème siècle, la formation d'une société urbaine coloniale pour la première fois, à Minas et à Rio de Janeiro. La grande ville du cycle de l'or était Rio de Janeiro, où convergaient toutes les remises en or qui allaient pour la cour. La ville croissait beaucoup, à telle point qu'elle devint la capitale de la colonie. Il y eut là une espèce de révolution urbaine, j'entends ici une espèce de révolution urbaine durant le 18ème siècle, qui a sûrement transportée les africains, car depuis 1700, la population esclave était quasi toute indigène.

J.U - Vous citez, dans votre livre, l'union entre des groupes différents de capoeira. Comment était cette organisation de rue dans ce contexte?
Carlos Soares ­ D'un coté il y avaient des africains venus d'un point distant du continent et qui ne se connaissaient pas originalement. Ils étaient dans un milieu nouveau, tendu, de concentration, parce que la ville coloniale était petite, mais concentrait une population dense. Les africains transportèrent des bagages culturels différents, mais certains éléments étaient, plus ou moins articulés, la langue par exemple. Je crois qu'aussi la danse fut importante. Je crois qu'aussi la danse a été importante, depuis que les peuples se sont articulés dans ce sens. La capoeira alors, était une forme d'union de ces divers groupes. maintenant il est important d'ajouter que le terme capoeira fut donné par l'ordre policier. Ils étaient identifiés ainsi. Ceci créa un problème car d'une certaine manière, vous avez une identification de groupe qui ne part pas du groupe mais de son rival.

J.U - Et comment appelaient-ils la danse ?
Carlos Soares ­ Les termes de documentation sont “jogo do capoeira”. Maintenant, voila pour la danse: tous ces peuples emportèrent un bagage culturel avec divers danses et arts martiaux. J'ai été en Angola faire des recherches en 1995 et, au Muséum Ethnographique de Luanda, j'ai pu percevoir que ces danses, bien que différentes, avaient un point commun. Ces similitudes furent probablement articulées en Amérique. Je veux dire : la capoeira, selon mon hypothèse, est née en Amérique. Elle n'est pas née en Afrique. Elle fut formée avec des éléments africains et articulée de manière inédite sur le territoire esclavagiste.

cabindaJ.U­ Comment ces nations ethniques se liaient à la Capoeira?
Carlos Soares­ Elles créèrent une nouvelle chose en haut d'élèments déjà traditionnels. Les éléments furent nombreux. La Capoeira n'a pas jamais été une pratique d'un groupe ou une nation déterminée. Elle a toujours été un pôle d'union de divers groupes. C'est un espace plus ou moins ouvert. Vous avez des groupes d'origines diverses: les Benguelas, les Cabindas. Cela indique qu'elle était un point d'union de groupes différenciés, et non une chose ethnique, déterminée. Elle a été transformée par les interactions africaines.

J.U­ beaucoup d'études rapprochaient la Capoeira aux milieux de résistance des esclaves du monde rural. Comment est née cette théorie?
Carlos Soares ­ Au début du 20ème siècle, surtout durant la Semaine d'Art Moderne, quand il y eut une tentative de sauvetage de l'histoire du noir, non plus comme inférieur et dangereux, mais comme appartenant à la nationalité, naît aussi le stéréotype de la résistance. C'était nouveau pour l'époque. Et dans ce mythe de la résistance, le principal était le quilombo, dans une vision presque idyllique. Il est devenu presque plus idyllique ensuite. Les études étaient dans ce temps emprisonnés au modèle de l'esclavage agricole ­ qui à duré plus longtemps et qui, pour cela serait le modèle principal ­, a l'esclavage rural, de la senzala, où était la majorité au moment de l'abolition.

J.U - Et l'esclavage urbain ?
Carlos Soares­ C'était un peu oublié. Ils ont placé la capoeira là, à l'intérieur de ce modèle de l'esclavage agricole, qui a engendré même la mémoire de l' abolition, avec la fazenda, la senzala, le champ de café et tout le reste. Alors s'est créée une version de l'histoire de la capoeira au 20ème siècle lié au quilombo, à l'histoire de la résistance. Excepté cela, le mouvement noir a recueilli ces éléments aussi et les a travaillés (…). Durant beaucoup d'années s'est répandue l'idée que la capoeira était je ne sais quoi du quilombo, qui était une espèce de panacée pour tous les éléments de la culture noire. Les sources de l'époque, tant dans la première que dans la seconde moitié, sont très claires : la capoeira est urbaine. D'ailleurs je suis arrivé à elle à travers l'esclavage urbain. Quand j'ai commencé à chercher, même avant d'entrer en maîtrise, mon objectif était de montrer l'esclavage urbain. En général, notre académie est très prisonnière de ce modèle de quilombo, de question rurale. Et y a peu de travaux sur l'esclavage urbain.

bagarre d'esclaves à un point d'eau
Par Rugendas

J.U - Dans ce contexte, la capoeira passe aussi pour être un élément de résistance?
Carlos Soares - La capoeira est une réponse d'esclaves urbains à un nouvel environnement. le quilombo est important, mais il n'y avait pas beaucoup de mélange. Il y avait une vision idyllique qui veut que le capoeira voulait fuir pour le quilombo, éloigné, dans les montagnes. Et que là se créait un royaume isolé. Les esclaves du quilombo eurent des contacts avec les esclaves de la Senzala; alors, ce n'est pas une chose isolée. L'évasion est beaucoup moins une chose de liberté, abstraite. Le capoeira n'est pas un esclave qui va fuir. Il vit à l'intérieur de l'environnement urbain et a des profits à l'intérieur de cet environnement. Il existe des cas, c'est logique, liés à l'évasion, mais en général cela est rare, parce que, invariablement, c'est une forme de lutte appropriée à ce milieu urbain.

J.U - Comment les capoeiras transitaient dans ce moyen urbain?
Carlos Soares - La ville coloniale était plein d'allées, de ruelles, de rues étroites, une ville congestionnée. Une ville de petites façades et de grands potagers, avec toute un rangement labyrinthique. La Capoeira est une forme de lutte appropriée à cet environnement. L'objectif n'est pas détruire l'ennemi, mais de le faire fuir de ce lieu où il a été agressé. C'est une forme de défense.

J.U - D'une certaine manière , ils se prévalaient de la topographie de la ville?
Carlos Soares­ Ce monde urbain était un monde violent. En étant ainsi, ils avaient besoin de de dominer une forme de lutte pour se maintenir à l'intérieur de celui-ci. L'esclave seulement n'était pas seulement attaqué par des policiers blancs, mais par autres esclaves aussi. Pour jouir des avantages de la ville, il avait besoin d'une forme de défense. Quand un maître plaçait un esclave dans la rue - comme artisan ou même pour chercher de l'eau ­, cet Africain devait être débrouillard, être expert, sinon il était volé facilement. Et là, le maître perdait sa marchandise. Le maître lui-même stimulait l'esclave pour se défendre. La capoeira n'était pas quelque chose contre les maîtres. C'était même une forme de maximiser les profits, depuis que le capoeira était un esclave qui se défendait.

J.U - Comme s'établissaient les relations entre police et maîtres?
Carlos Soares­ Les maîtres se plaignaient des prisons parceque, par le bien ou le mal, les esclaves produisaient des profits. Il y avait des évasions c'est logique, mais à l'intérieur de la ville. Ils savaient que s'ils arrivaient dans la maison du maître sans le paiement, ils seraient punis. Il fuyait alors pour réussir à trouver de l'argent. Il fuyait aussi à cause des femme, de la fête etc. Les esclaves avaient beaucoup de relations hors esclavage. Ils avaient la figure du parrain, en général un autre homme blanc, qui engageait son nom auprès du maître en cas de fuite, moyennant le retour de l'esclave, ils avaient la garantie qu'ils ne serait pas punis. Ils fréquentaient des libérés, des esclaves, des gitans, le monde entier.

J.U - Comment la classe dominante se comportait avec les capoeiras?
Carlos Soares : Il y avait le triangle du désordre. Les intérêts de l'Etat étaient uns, ceux de l'élite propriétaires étaient autres. L'élite voulait que les esclaves leur rapportent de l'argent. Ce qu'ils faisaient dans la rue était un autre problème, ça ne les intéressaient pas, à moins que ce ne soit grave. Déjà l'élite de l'Etat avait une vision différente. Elle voulait éviter que cet esclave de rue sème la confusion, crée des conflits, qu'il mette le désordre dans le milieu urbain. Les intérêts de l'élite de l'Etat n'allait pas dans le même sens que ceux des particuliers. Il y eut un conflit, seulement résolut en 1850, plus ou moins. A partir de ce moment, l'Etat pris en main la situation. Jusqu'au milieu du 19ème siècle, il y avait un conflit par ce que les maîtres eux-mêmes allaient en justice pour garantir l'impunité de leurs esclaves. Vous aviez des esclaves pris, et vous perdiez leur rente. Il était très commun de vivre de la rente des esclaves. Prisonnier, l'esclave ne restait pas seulement sans subsistance. C'était un esclave qui enlevait aussi la ressource du au seigneur. Il y avait beaucoup de conflits entre Etats et particuliers. Ce fut un jeu que perçurent les esclaves. Nos intellectuels eux, ne perçurent pas ceci. Ils créèrent un mythe ou tous les maîtres et seigneurs s'uniraient contre les esclaves. Ce n'est pas la vérité, ce fut des intérêts divergents. Le policier n'était pas un administrateur. L'administrateur dépendait directement de l'ordre du propriétaire, il travaillait sous le contrôle strict du propriétaire. La police, non. Elle était à service de l'État.

A capoeira escravaJ.U - Quelle était, l'activité économique de base de ces seigneurs?
Carlos Soares : Beaucoup des seigneurs étaient commerçants, certains avaient une place à l'intérieur de l'Etat, comme petit fonctionnaires. Ils étaient rentiers, ils recevaient sans travailler. Ils avaient leurs esclaves comme source de rente, c'était un esclavage monétaire, très différent de l'esclavage rural. l'esclave urbain travaillait avec l'argent, il avait la valeur de l'argent. Une part, il amenait au seigneur, et l'autre il s'en servait. Il achetait, il était consommateur. Il y eut une idée stupide au 20ème siècle qui voulut que l'Angletterre ai abolit l'esclavage pour transformer l'esclave en consommateur. C'est une bêtise. Il était un consommateur en devenir. il était à l'intérieur d'une société mercantile, et percevait cette valeur.

J.U - A quel point ce nouvel ordre urbain contamina le milieu rural ?
Carlos Soares : Il existe beaucoup de relations. dans mon premier travail, j'ai développé une idée séparée, selon laquelle l'esclavage urbain et rural était des mondes plus ou moins séparés. Plus ou moins, car dans ma thèse de maîtrise, j'ai utilisé du matériel du milieu rural comme évasion. Dans mon doctorat, j'ai amplifié cette relation, qui est plus grande encore. Maintenant elles sont très différenciées. La logique politique de l'esclave rural n'est pas la même de celle de l'esclave urbain. La communauté en milieu rural était beaucoup plus dense, nombreuse . Ces communautés dans les Senzalas étaient nombreuses et, malgré ce contact entre eux, en général y avait beaucoup plus de contacts internes, la majeure partie des relations se faisait à l'intérieur de la communauté.

A capoeira escrava J.U - Mais la Capoeira existait en milieu rural?
Carlos Soares : L' information que j'ai de la capoeira en milieu rural est de 1850/60. Comment j'explique ceci ? A partir de 1850, avec la fin du trafic sur l'Atlantique, beaucoup d'esclaves sont emmenés pour le milieu rural. Ce n'est pas un flux-reflux. Ils sortirent du milieu de la ville pour le milieu rural. Ces africains emmenèrent les valeurs du milieu urbain en milieu rural. Les informations que j'ai, à moitié fragmentées, sont relatives à cette décennies de 60. Pendant la décennie de 50, et malgré leurs relations, les luttes urbaines et rurales eurent une logique et des stratégies propres

J.U - Dans le milieu urbain, les idées circulaient plus ?
Carlos Soares : Vous aviez une culture d'esclave plus cosmopolite, qui recevait des influences d'autres pays. Vous aviez des marins, des journaux qui circulaient. L'esclave urbain était plus ouvert aux influences externes aux groupes intermédiaires. Il conversait avec les voyageurs , avait un réseau de relation plus ample, était plus lié au panorama international de l'esclavage.

A capoeira escravaJ.U - Comment l'Etat vit cette possibilité de changement ?
Carlos Soares : L'Etat colonial arriva ici avec une grande force au 18ème siècle, mais cela arriva avec encore plus de force encore au 19ème siècle, en 1808. Je veux dire, Rio devint une cour portuguaise. Avec ceci, vous avez un appareil d'Etat militaire très grand qui donna une sûreté pour qu'il n'y ai pas de rébellion. Ce qui a empêché, même, une grande rébellion à Rio comme celle qu'il y eut a Salvador. Mais, à la même époque les intérêts de ces états ne sont pas les intérêts des particuliers. Il y a un status quo, un modus vivendi entre esclaves et seigneurs du 18ème siècle, qui est un peu perturbé par cet nouvel Etat. Il veut éviter que l'esclave puisse sortir la nuit, jouer capoeira, une série d'activités au les seigneurs autorisaient. C'est ce qu'on appelle le droit coutumier, qui à une marge : regarde, je veut que tu fasse ceci comme esclave, mais en compensation tu va avoir une série de compensation; tu peux faire ceci, jouer ta Capoeira etc. Dans ceci la Capoeira entre comme élément de ce modus vivendi. Il y avait une complaisance seigneuriale. Il existait un accord entre esclaves urbains e seigneurs au 18ème siècle.

A capoeira escravaJ.U - Et c'est l'Etat qui interfère dans ce processus?
Carlos Soares : L'Etat arrive et bouscule cet accord. Il créa un conflit entre trois groupes: les esclaves, les particuliers et l'Etat. A partir de 1840, par exemple, vous avez l'arrivée au pouvoir de Dom Pedro II, qui géra une expectative d'espérance et de rénovation. Il y a un investissement certain des esclaves envers lui : c'est un nouveau type , c'est un type qui n'est pas liés aux élites portuguaises, un brésilien ... Un investissement qui porte ces fruits à partir de 1857, quand il change toutes les peines de mort des esclaves et la prison à perpétuité. Ceci est mené comme une position d'empereur en faveur des esclaves, contre les seigneurs, et contre le propre état, qui avait créée la peine de mort. alors il y a une lecture politique. Les esclaves lisent politiquement, ils ne sont pas incapables de penser . A partir de là, il y a une stratégie d'appuyer des groupes moins conservateur.

J.U - Dans votre livre , vous relatez des cas de corruption dans les relations entre la polices et les seigneurs/esclaves. Ceci était nouveau à l'époque ?
Carlos Soares : Vous avez déjà, plus ou moins un monde urbain monétarisé. Mais l'Etat est arrivé tard au Brésil colonial. La logique des relations de pouvoir fut toujours, au Brésil, une logique paternaliste, de faveur, de patriarcalisme, de parrainage. Alors tout ceci est une chose traditionnelle au Brésil, ce n'est pas une vision de citoyenneté. C'est une relation très personnelle. Ceci est du milieu rural et des racines de notre société. Quand nous parlons aujourd'hui d'Etat, cela parait-être une chose abstraite. A cette époque ça ne l'était pas, l'Etat était le roi, était propriété du roi. Les esclaves ne sont pas les propriétés de l'etat, mais de l'empereur. De telle façon qu'il y a un cas dans le livre dans lequel esclaves du gouvernement ordonnent un manifeste à l'empereur en se plaignant contre de mauvais-traitements dans l'Arsenal de Marine. Qu'est-ce qu'ils virent alors : qu'ils ne sont pas propriété de l'Etat, mais bien de l'empereur. Quand ils furent maltraités, l'empereur ne le savait pas; alors ils lui ont envoyé un avertissement. A l'époque, il n'y avait pas de division, et la société brésilienne est traditionnellement patrimonaliste. la police, dans ce scénario, est nouvelle. Non qu'il ni ai eu des formes de contrôle social auparavant, mais la police est un corps militaire en milieu urbain, avec la fonction spécifique de contrôle de l'ordre de la ville. C'est un groupe professionnel. Ce qu'il y avait avant étaient les soldas de services, personnes civils, qui marchaient armés dans les rue, en exerçant plus ou moins la fonction de la police. Seulement c'est différent d'une fonction qui naquit comme la police, en 1809. C'est une institution nouvelle arrivée au Brésil, mais libérée de ces intérêts particuliers. Anciennement les particuliers faisaient leur propre sécurité.

J.U - Les historien divergent sur l'origine du terme capoeira. Qu'est que vous avez cherché à respecter?
Carlos Soares : J'ai passé quatre ans à chercher. j'ai été en Angola et au Portugal (un mois dans chaque). Je me suis servit de sources des deux pays, principalement au Portugal, ce qui fut plus facile. Là bas j'ai travaillé qu archives Ultramarino de Lisbonne et j'ai trouvé nombre d'esclaves qui portaient des couteaux, en marchant en groupe la nuit, toute la description du capoeira, mais pas le terme capoeira. Le phénomène capoeira fut bien antérieur au mot, qui n'est pas africaine, mais luso-indigène. Il est possible que ce fut une expression qui ne fut pas créée par les africains, mais par les portuguais, à partir de l'expérience coloniale. Pour la ville, elle est liée plus au panier ; Il y a le terme rural aussi. D'une certaine forme, la police repris ce terme, qui prend origine dans le panier de paille

A capoeira escravaJ.U - La capoeira est aujourd'hui un sport très diffusé et pratiqué au Brésil, comment voyez-vous ce phénomène ?
Carlos Soares : la capoeira est une marque de nationalité. Elle est né dans les grands centres ­ comme Rio et Salvador ­ et s'est éparpillé comme symbole d'une identité. Notre élite très est ouverte à des influences étrangères. Dans cette société qui est très chauvine, la capoeira sert comme trace d'identité qui est sortie et à gagné le monde. Elle inverse le cours du temps, crée une espèce d'auto-estimation, flatte notre ego.

J.U - Comment la capoeira pourrait-elle être classée
Carlos Soares : Il s'agit d'une Capoeira "sportivisée", transformée dans présentation. Ce n'est plus une lutte martiale, mais un art martial, transformé en gymnastique. Elle a souffert de beaucoup d'influences, qui ont changé ses fins, mais qui ont maintenu ses moyens. Ses musiques, par exemple, démontrent une chose du quotidien, de la forte présence catholique, de l'affirmation. Elle a maintenue sa norme sociale de bas revenu et une certaine identité de couleur, qui a été un peu modifiée dans la seconde moitié du 19ème siècle, mais qui est revenue au 20ème siècle. Elle est aussi une sorte de canal avec notre passé ; en général, le Brésil est un pays sans mémoire. Elle a une mémoire gestuelle, elle est une chose très ludique. Ce n'est pas un champ très intellectualisé, quoique elle parle d'elle et qu'elle séduise les intellectuels. Elle a fini en devenant un lien avec notre racine esclave, créole et africaine. Et un élément d'affirmation d'identités noire et nationale, qui sont conjuguées, ce qui n'est pas très commun.

J.U - Voyez vous quelque relations entre la répression aujourd'hui dans les périphéries des grandes villes et de celle de laquelle les capoeiras étaient des victimes ??
Carlos Soares : Vous avez une lecture de contrôle de ce moyen urbain qui se ressemble. Par exemple, les groupes de trafiquants qui dominent partie des "morros" cariocas. Au contraire de ce que beaucoup gens disent, la favela n'est pas liée au quilombo, comme on pourrait le penser. elle est liée à une lecture urbaine, un découpage urbain qui vient du 19ème siècle. Elle est liée à l'allée et à la ruelle; Il n'y n'avait pas d'allée ni ruelle dans la quilombo. La favela est né quand les personnes furent expulsées de ce milieu urbain à cause des réformes du 20ème siècle et allèrent vivre dans les secteurs qui échappèrent à ça, qui dans le cas furent les morros. Mais ils apportèrent du milieu urbain toute une expérience. La favela d'aujourd'hui répète des scénarios urbains du 19ème siècle . Elle a une topographie et un dessin urbain qui s'approchent davantage de la ville coloniale que ce dont on pense. Elle a cette aspect de labyrinthe, issue de l'expérience communautaire, qui vivait dans le souterrain, vivait cachée du monde répressif. Les scénarios ont changé, mais pas trop. les Nagôs peuvent être le "Comando Vermelho", le "Terceiro Comando" par exemple. Ils contestaient le domaine urbain, contre la police. Cela a été une tradition qui a été suivie, qui n'est pas apparue maintenant.

J.U - Et dans le cas de la résistance culturelle ? La périphérie de São Paulo produit, par exemple, des manifestations populaires qui sont réprimées, comme c' est le cas du mouvement hip hop. Comment voyez-vous cela ?
Carlos Soares : La société brésilienne se modernise, mais l'exclusion continue. La loi est égale pour tous, mais dans la pratique ceux qui remplissent les files sont des personnes d'origine pauvre et d'origine noire. La modernisation n'a pas réussi à dépasser les malaises fondamentaux de cette société. Alors, l'exclusion utilise un nouvel environnement pour se manifester. Ce qu'arrive est que le champ de l'inégalité est international. Aux Etats-Unis, aussi, théoriquement, tous sont égaux... Mais ce n'est pas le cas. La majorité noire est exclue, ce a toujours été ainsi, et va empirer avec les républicains. Le nationalisme pour ces mouvements noirs, comme dans le passé, n'intéresse pas beaucoup. Cet esclave africain n'était pas très motivé pour défendre sa patrie, dans la mesure où la patrie le mettait à genoux. Durant le 19 siècle, les esclaves avaient des relations avec ceux d'autres régions de l'Amérique, par exemple. Il y avait toute une tendance, les intérêts étaient les mêmes, le discours nationaliste ne créait aucune solution à rien, ne donnait pas de possibilité, c'était un discours conservateur.

Au niveau de l'Amérique, de l'hémisphère occidental, vous avez même une question d'exclusion ethnique et sociale plus ou moins reliée. Le Hip hop est un peu cela : s'il dérange mon oppresseur, ça doit être bon pour moi aussi. C'est une espèce d'alliance tacite dans ce sens. La chose est créée un peu dans l'interdit. Je veux dire : Qu'est-ce que notre élite blanche aime ? Elle aime la musique douce, de l'érudit, alors vous bousculez les interdits. C'est une manifestation de classe, d'affirmation ethnique, c'est un jeu de miroirs : si tu m'opprimes, mon identité ne peut pas être égale la tienne. Même la démocratie facilite ça. Ces groupes urbains veulent une identité propre, mais ils n'ont pas accès à l'identité ancestrale, excepté la religion. Le jeune est un peu décalé, de même dans la religion, qui est très hiérarchique. Dans ce scénario, le champ international devient le champ de l'identité. Comme réponse à cette pression, ils tracent une identité réactionnelle. Il a un sens politique en relation avec ça. La tendance pour lui est d'approfondir de plus en plus, chercher ses contradictions.

J.U - Avec cela, la répression est perpétuée...
Carlos Soares : Ce que vous avez c'est une modernisation conservatrice, ce qui ne signifie pas un changement fondamental des conditions de vie.. Ce qui se passe c'est que cette énergie des jeunes, cette recherche d'affirmation, se trouve en face de cette police qui est née avec un objectif racial. Quand la police est née, elle avait déjà cela dans son statut : contrôler la masse esclave. La police n'a pas été créée au Brésil pour le bien-être public, mais pour garantir les intérêts de l'État. Le régime militaire n'a fait qu'empirer encore davantage cela. La police est là pour garantir l'ordre, et non la maintenir la sécurité. Elle change lentement grâce à la démocratie. Les communautés pauvres sont perçues comme potentiellement dangereuses. Et le jeune est vu comme le plus dangereux de tous. Il est le premier client de l'ordre policier.

autres livre de cet auteur :

"A negrada instituição" - os capoeira no Rio de Janeiro"
Edité par : Access / 1994

(en portuguais)

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